Six façons dont un prix cesse de correspondre au contrat
Des cas réels où un prix contractuel et une facture ne disaient pas la même chose.

La plupart des écarts de facturation ne relèvent pas de la fraude : ils naissent de la diversité des produits, des conditions et des entités en jeu. Les conditions peuvent être fixées par des équipes centrales, puis appliquées par des agences décentralisées. La communication et l’exécution deviennent critiques. Voici six exemples réels d’écarts de prix que nous avons observés et résolus. Ils se répètent dans toutes les familles de dépenses que nous avons lues.
1. La grille de remises jamais mise à jour
Un contrat-cadre sur des pièces de machines fixe une remise sur prix de liste par famille de pièces ; par exemple filtration : 40 %, hydraulique : 30 %. La grille 2026 relève six des huit taux.
| Famille de pièces | Taux 2025 | Taux 2026 |
|---|---|---|
| Filtration | 35 % | 40 % |
| Hydraulique | 26 % | 30 % |
Les factures du concessionnaire impriment explicitement, sur chaque ligne, le code famille et la remise appliquée. De janvier à juin 2026, le concessionnaire a appliqué les remises 2025 - la filtration à 35 % au lieu de 40 %, l’hydraulique à 26 % au lieu de 30 % - sur les six familles : 2 770 lignes, 864 factures, 30 142 €.
Chaque taux tombe exactement sur la case de l’année précédente, et les deux familles dont le taux n’avait pas changé ne présentaient aucun écart. Le fournisseur avait chargé la nouvelle grille dans les systèmes six mois plus tard que prévu.
2. Le loyer indexé deux fois
Un bail commercial indexe le loyer chaque année sur une série publiée par l’INSEE : le loyer de base multiplié par l’indice courant, divisé par l’indice à la signature (indice de base).
En 2025, le bailleur a introduit une incohérence dans l’indexation :
- 2024, contractuel et facturé : 101 384 €
- 2025, contractuel : 105 893 € - soit 101 384 € × 1,0445, le pas d’indice de 2024 à 2025
- 2025, facturé : 110 603 € - soit 105 893 € × 1,0445, le même pas appliqué une seconde fois
La hausse de 4,45 % est réelle et due une fois. Mais elle a été appliquée deux fois, à tort.
Plus intéressant encore, la facturation du bailleur reflète elle-même les allers-retours de l’erreur. Il a d’abord facturé les T1 et T2 2025 à 105 893 €, puis annulé les deux et réémis à 110 603 €, introduisant la surfacturation. Au T4, il a fait l’inverse - annulé la facture à 110 603 € et laissé celle à 105 893 € - reconnaissant et corrigeant de fait l’erreur à partir du T4. Les factures 2026 étaient bien revenues sur la courbe contractuelle. Notre analyse a toutefois relevé que les trimestres T1 à T3 2025 étaient restés au tarif majoré et n’avaient jamais été avoirés : 3 × 4 709 € = 14 128 €.
Figure 2
Le pas d’indice, appliqué deux fois au lieu d’une
- Facturé au contrat
- Facturé au-dessus du contrat
- 2025, contractuel105 893 €
| Trimestre | Facturé | Contractuel |
|---|---|---|
| T1 2024 | 101 384 € | 101 384 € |
| T2 2024 | 101 384 € | 101 384 € |
| T3 2024 | 101 384 € | 101 384 € |
| T4 2024 | 101 384 € | 101 384 € |
| T1 2025 | 110 603 € | 105 893 € |
| T2 2025 | 110 603 € | 105 893 € |
| T3 2025 | 110 603 € | 105 893 € |
| T4 2025 | 105 893 € | 105 893 € |
3. La remise disparue de la facture de carburant
Contrairement aux baux commerciaux, le carburant n’est ici explicitement indexé sur aucune série externe. Le fournisseur émet son propre barème daté, un par jour de livraison.
Par-dessus, une remise de 80 € par m³ a été négociée par le client. Cette remise figure dans un contrat, et apparaît sur les barèmes quotidiens émis par le fournisseur et communiqués au client.
Sur une facture de novembre 2025, deux lignes de gazole non routier sont facturées 1 297 € et 1 286 € le m³ ; le barème du fournisseur pour ce jour-là, remise de 80 € déduite, donne 1 217 € et 1 206 €. L’écart est de 80,00 € sur les deux - la remise, au centime près, non appliquée. Le même motif - un écart égal à la remise négociée - est apparu sur 54 lignes cette année-là. Ailleurs, l’écart est simplement un prix différent pour le même produit le même jour. Ces erreurs ont atteint jusqu’à 1 602 € de surcoût sur une seule livraison de 36 000 litres de gazole renouvelable.
4. Six agences, une grille, six prix
La location de matériel tourne sur une grille-cadre nationale : un tarif par catégorie de machine, identique dans toutes les agences, avec un tarif réduit pour les locations de plus de quinze jours ouvrés.
Prenons une référence : une base vie six personnes, tarifée 14,70 € par jour jusqu’à quinze jours ouvrés, 12,50 € par jour au-delà.
Sur une fenêtre de quatre mois, cette référence est apparue sur vingt lignes de facture émises par six agences différentes du loueur :
- Une agence a facturé correctement, à 12,50 € par jour, sur quatre factures mensuelles consécutives
- Une deuxième agence a facturé 14,70 € par jour, puis 12,50 € le mois suivant, une fois le seuil des 15 jours franchi. La première facture n’a pas été régularisée a posteriori au tarif longue durée.
- Une troisième a facturé 33,01 € par jour sur trois factures mensuelles consécutives. Cette location avait duré trois mois, le tarif dû était donc 12,50 € : elle a facturé 2,6 fois le contrat.
- Trois autres ont facturé 16,80 €, 19,09 €, 21,00 €, 23,19 €, 28,79 € et 33,25 € - tous au-dessus de 14,70 €, donc au-dessus du contrat quelle que soit la durée de la location.
Figure 3
9 tarifs différents pour la même base vie
| Facturé par | Tarif journalier | Face au contrat |
|---|---|---|
| Une agence | 12,50 € | Au contrat |
| Une deuxième agence | 14,70 € | Au contrat |
| Une troisième agence | 33,01 € | Au-dessus |
| Trois autres agences | 16,80 € | Au-dessus |
| Trois autres agences | 19,09 € | Au-dessus |
| Trois autres agences | 21,00 € | Au-dessus |
| Trois autres agences | 23,19 € | Au-dessus |
| Trois autres agences | 28,79 € | Au-dessus |
| Trois autres agences | 33,25 € | Au-dessus |
Dix des vingt lignes étaient au-dessus du contrat. Aucune en dessous. Le surcoût s’élève à 2 702 € sur 6 898 € facturés pour cette base vie. Et des histoires comparables touchaient quantité d’autres références.
5. La balance qui n’arrondit que vers le haut
Les factures d’un transporteur de colis impriment deux poids par colis : le poids déclaré par l’expéditeur, et celui facturé par le transporteur.
Sur plus de 129 609 colis, le poids facturé est supérieur dans 47,6 % des cas et inférieur dans 0,0 % ; l’excédent médian est de 20 grammes. Un second transporteur du même audit, qui pose les colis sur une balance, les trouve plus légers que déclaré 52,9 % du temps et plus lourds 39,7 % - ce à quoi ressemble une mesure. Une réévaluation qui ne descend jamais n’est pas une mesure.
Figure 4
Une balance qui n’arrondit que vers le haut
- Facturé plus léger que déclaré
- Facturé plus lourd que déclaré
| Transporteur | Facturé plus lourd que déclaré | Facturé plus léger que déclaré |
|---|---|---|
| Transporteur 1 | 47,6 % | 0,0 % |
| Transporteur 2 | 39,7 % | 52,9 % |
11 929 arrondis ont fait basculer un colis dans une tranche tarifaire supérieure ; valorisés aux tranches contractuelles, ces franchissements représentent 5 192 €. Nous donnons ce chiffre comme un plafond, non comme une créance : un transporteur peut tarifer au volume plutôt qu’au poids un colis volumineux mais léger, et le fichier de ce transporteur ne porte pas le volume, une partie des 5 192 € peut donc être légitime. Trancher cette arithmétique n’a toutefois pas été nécessaire : le transporteur a reconnu le défaut, émis un avoir et corrigé son système en mars 2026.
6. Le plafond que le négociant respecte, 23 fois sur 29
Sur les matériaux de construction, les clients négocient des prix maximaux nationaux : un prix par référence article, valable sur une fenêtre donnée. Les acheteurs locaux peuvent bien sûr renégocier en dessous ; mais le prix ne peut pas se retrouver plus haut. Une référence article - un fourreau de 160 mm en barres de six mètres, tarifé au mètre - porte un plafond de 2,37 €. Sur la fenêtre, le négociant l’a facturée 29 fois : 23 lignes d’une douzaine d’agences exactement à 2,37 €, une en dessous, et cinq de trois agences à 4,39 € et 4,35 € - 85 % au-dessus du plafond. Sur deux factures, le surcoût représente à lui seul 46 % du document, 1 266 € au total. Même référence, même unité, même fenêtre tarifaire. Aucune ambiguïté sur le prix correct, appuyé par les 23 lignes conformes du négociant lui-même.
Aucun des six n’a demandé de lire une clause de deux façons. Chacun est une opération arithmétique sur deux documents que l’acheteur détenait déjà : une facture, et le contrat ou le barème qu’elle était censée suivre.
L’ambiguïté n’est pas ce qui les a fait durer. Le nombre porté sur la facture est fixé par celui qui paramètre le système de facturation ; le nombre porté au contrat, par celui qui l’a négocié. Dans la quasi-totalité des organisations, personne n’a pour mission de mettre les deux côte à côte, ligne à ligne, tous les jours. Fakto le fait pour vous.
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